Des cadeaux
Érica avança dans le salon, le plateau d’apéritif – des verres à pied, une bouteille de blanc frais, quelques amuse-gueules – tremblant légèrement dans ses mains. Chaque pas des talons aiguilles était une lutte contre la gravité et la honte. La jupe en tulle rose, légère et rebelle, voltigeait avec chaque mouvement, offrant des éclairs fugaces du satin rose de la culotte à volants. Elle sentait les regards peser sur elle : Julien, détournant les yeux avec gêne dès que son champ de vision frôlait ses cuisses ; Anaïs, dont les yeux brillants et moqueurs suivaient chaque oscillation du tissu avec un intérêt avide ; Sylvie, qui observait la scène avec la satisfaction tranquille d’un metteur en scène dont la pièce se déroule à la perfection.
Elle parvint jusqu’à la table basse et s’accroupit lentement, avec une grâce forcée, pour poser le plateau. L’effort de se pencher en gardant l’équilibre sur ses talons tout en essayant de contenir les flots de tulle était un exercice d’humiliation en soi. Comme prévu, quand elle se pencha, la jupe se souleva dangereusement à l’arrière, révélant presque entièrement la petite culotte rose et la naissance des tatouages.
« Oh là là, Érica, attention ! » s’exclama Anaïs, feignant la sollicitude mais la voix pleine de raillerie. « On voit presque toute ta petite affaire rose ! Et tes tatouages… mon dieu, ils sont vraiment… explicites. « Propriété de Sylvie ». C’est du direct, ça. Pas de place pour le doute, hein ? »
Érica, le visage en feu, réussit à poser le plateau sans renverser quoi que ce soit. Elle se redressa, fixant le sol, les mains tremblantes.
« Merci, Anaïs, c’est gentil de t’en préoccuper, » dit Sylvie avec un sourire en coin. « Mais Érica est habituée. Elle sait que son corps et ce qu’il porte sont faits pour être vus… et commentés. N’est-ce pas, chérie ? »
« Oui, Maîtresse, » murmura Érica, la gorge serrée.
« Parfait. Maintenant, avant de servir, je pense qu’il serait plus convenable que tu te mettes à ta place. À genoux. À mes pieds. Comme ça, Julien et Anaïs pourront se servir et boire leur verre sans être… distraits par tes frivolités. »
Un nouvel ordre. Une nouvelle position de soumission, encore plus basse. Érica sentit un frisson de désespoir la parcourir, mais ses membres obéirent avant même que sa conscience n’ait fini de protester. Elle contourna la table basse et s’agenouilla sur le tapis, près du fauteuil de Sylvie. Elle s’assit sur ses talons, les mains posées sur ses cuisses, la tête baissée. La jupe s’étala autour d’elle comme une fleur fanée, les tatouages sur ses cuisses étirés, parfaitement lisibles pour tous.
« Voilà qui est mieux, » approuva Sylvie, prenant la bouteille de vin. « Je m’occupe du service. Toi, reste là. Sois jolie. Et écoute. »
Anaïs tendit son verre à Sylvie, son regard ne quittant pas la silhouette agenouillée. « Tu sais, Sylvie, en te voyant tous les deux, ça me donne des idées. Pour des cadeaux. Pour Érica, bien sûr. »
Sylvie sourit, versant le vin d’un geste expert. « Ah oui ? »
« Oh oui. J’ai toute une collection de dessous… des choses que je n’ose plus porter, trop osées, trop… ridicules même pour moi. Mais pour Érica, je pense que ce serait parfait. »
Érica, à genoux, sentit son estomac se nouer. Anaïs se lança dans une énumération cruelle, détaillant chaque pièce avec un plaisir évident.
« Par exemple, j’ai un string en cuir rouge, tout petit, avec des œillets et une chaînette qui pend à l’arrière. Très… dominatrice, mais porté par elle, ce serait plutôt l’inverse, non ? » Elle rit. « Et puis un body en résille noire, complètement transparent, avec des attaches en satin aux cuisses. Absolument hideux à mon avis, mais je suis sûre que sur Érica, avec ses tatouages visibles à travers… ce serait un spectacle. »
Julien sirotait son vin, l’air mal à l’aise mais silencieux, observant sa femme avec une expression indéchiffrable.
« Et puis, » continua Anaïs, excitée par son propre jeu, « j’ai une paire de bas résille avec des coutures noires dans le dos, du genre très vieux jeu, très pinups… mais avec un porte-jarretelles assorti en satin rose bonbon. Kitsch à mourir. Mais avec sa jupe courte, si elle se penche… oh, on verrait tout ! Les coutures, les jarretelles, les tatouages… un vrai tableau. »
Sylvie ne pouvait contenir son rire maintenant. Un rire clair et joyeux, qui résonnait dans la pièce comme une cloche. « Anaïs, tu es géniale ! Ce sont des idées magnifiques. Érica adorerait, tu ne crois pas, ma chérie ? »
Le « ma chérie » était chargé de poison doux. Érica, à genoux, sentait chaque mot d’Anaïs comme une piqûre d’épingle sur sa peau déjà trop exposée. On discutait de son corps, de sa lingerie future, comme on discuterait d’accessoires pour un mannequin déshumanisé.
« Si… si cela plaît à Maîtresse… et à Madame, » réussit-elle à articuler, sa voix à peine audible.
« Bien sûr que ça nous plaît ! » s’exclama Anaïs. « Ce serait tellement amusant de te voir essayer tout ça. On pourrait même faire une petite séance photo, pour que Sylvie ait des souvenirs de ses différentes… tenues de soumission. »
L’idée d’être photographiée dans ces atours humiliants, avec les tatouages bien en évidence, fut la goutte d’eau qui faillit faire déborder le vase. Mais Érica serra les poings sur ses cuisses, les ongles enfonçant la peau à travers le tulle. Elle respira profondément, par le nez.
Sylvie, calmant son rire, but une gorgée de vin. « C’est une excellente idée, Anaïs. On organisera ça. Érica sera ravie. Elle adore être le centre d’attention, surtout quand cette attention souligne à quel point elle m’appartient. »
Elle posa son verre et tendit la main pour caresser la joue d’Érica, un geste qui aurait pu paraître tendre s’il n’était pas aussi possessif et condescendant. « Tu entends, ma princesse ? Tu vas avoir une nouvelle collection, offerte par ta nouvelle amie Anaïs. Des petits cadeaux pour te rappeler encore plus, si c’était possible, ta place dans ce monde. »
Érica ferma les yeux sous la caresse, un mélange de honte, de résignation et d’une excitation perverse qu’elle refusait de reconnaître l’envahissant. Elle était à genoux, offerte, objet de moquerie et de fantasmes malsains, et pourtant, dans cette position, il y avait une horrible paix. Plus besoin de lutter. Plus besoin de cacher. Elle était ce qu’ils voyaient : la chose rose de Sylvie.
« Merci, Maîtresse, » murmura-t-elle, ouvrant les yeux pour regarder le visage rayonnant de Sylvie. « Merci, Madame Anaïs. »
La soumission était totale. L’humiliation, consommée. Et le déjeuner n’avait même pas encore commencé. Elle resta à genoux, écoutant les rires légers et les conversations qui continuaient au-dessus d’elle, une statue vivante et honteuse au pied du trône de sa reine, attendant le prochain ordre qui viendrait sceller un peu plus son destin de poupée de chair et de satin.