La punition continuer
Le salon, habituellement un espace de calme bourgeois, se transforma en une antichambre de l'humiliation la plus calculée. Érica fut placée au centre de la pièce, sous le regard scrutateur des deux femmes qui s'installèrent sur le canapé comme sur un banc de juges. La robe courte en satin noir lui offrait une protection illusoire, chaque mouvement faisant luire la chaînette du string de cuir contre ses cuisses.
« Pour commencer, » annonça Anaïs avec un enthousiasme malsain, « il faut penser aux détails qui durent. Les bijoux permanents. » Son regard se posa sur les lobes d'oreilles d'Érica, vierges de tout piercing. « Ces oreilles... elles crient la virilité. Ou du moins, la neutralité. Il faut y remédier. »
Sylvie, qui sirotait un café, hocha lentement. « Tu as raison. Des boucles d'oreilles. De vraies boucles d'oreilles, avec des pierres, qui ne pourront jamais être retirées sans laisser de trace. »
« Exactement, » poursuivit Anaïs. « Et pas un simple petit trou. Plusieurs. Une série. Disons... trois sur chaque lobe. Pour pouvoir porter des ensembles plus élaborés. Des chandeliers, des girandoles. Des choses qui bougent et brillent à chaque mouvement de tête, pour rappeler à tous qu'elle est parée pour plaire à sa Maîtresse. »
Érica sentit un froid lui parcourir la nuque. Des trous multiples. Permanent.
« Et puis, » ajouta Sylvie, son regard descendant le long du corps d'Érica, « il y a le nombril. Un piercing là. Une barre, ou mieux, un anneau. Quelque chose qui attirera l'oeil sur son ventre, surtout avec les tenues courtes ou le bikini. Un petit détail métallique qui prouvera que même son corps a été modifié pour correspondre à son rôle. »
Anaïs applaudit des mains, ravie. « Génial ! On commence par ça ? J'ai le numéro d'un pierceur très discret. Il peut venir à domicile. »
Sylvie opina. « Parfait. Appelle-le. Pendant ce temps, nous allons décider des tatouages. »
Tandis qu'Anaïs passait son coup de fil, chuchotant des instructions, Sylvie se leva et s'approcha d'Érica. Elle sortit un feutre marqueur de sa poche.
« Les tatouages d'hier étaient un bon début, » murmura-t-elle, traçant des lignes imaginaires sur la peau pâle d'Érica à travers le satin de la robe. « Mais ils sont cachés par les vêtements... parfois. Il faut des choses plus visibles. Plus explicites. »
Elle commença à décrire, en dessinant virtuellement sur sa peau :
« Ici, » dit-elle, posant le feutre sur la face interne de l'avant-bras droit d'Érica, « un texte. En cursive élégante, mais lisible. "Je suis la propriété de Sylvie". Pas d'abréviation. En toutes lettres. Pour que même une personne qui te sert un café le voie. »
Elle déplaça le feutre vers l'autre bras. « Et ici, sur l'avant-bras gauche, l'inverse de la médaille. "Mon seul devoir est de lui plaire". »
Elle s'agenouilla alors, remontant brutalement l'hémisphère de la robe courte pour exposer la cuisse gauche déjà tatouée. « Ton ancien tatouage, "PROPRIÉTÉ DE SYLVIE", sera agrandi et embelli. Des fleurs, des ornements... mais le texte restera roi. Et sur l'autre cuisse, autour de "TOUJOURS À SON SERVICE", nous ajouterons des chaînes stylisées qui sembleront enlacer ta jambe. »
Elle se releva, son regard brillant d'une inspiration cruelle. « Et pour finir... un endroit qu'elle ne pourra jamais voir sans un miroir, mais que les autres verront si elle se penche, ou si elle est habillée comme aujourd'hui. » Elle fit signe à Érica de se pencher en avant. Avec un gémissement étouffé, Érica obéit, présentant son dos et le bas de ses fesses, là où le string de cuir rouge disparaissait entre elles. Sylvie posa le bout du feutre à la naissance du coccyx.
« Ici, un petit symbole. Un cœur. Un cœur verrouillé par un cadenas. Et à l'intérieur du cœur, les initiales "S.E." pour Sylvie et Érica. Ta marque de fabrique ultime. Ma signature sur ta chair, à un endroit que seul un amant... ou une Maîtresse... verra de près. »
Érica, pliée en deux, sentait les mots de Sylvie s'imprimer sur sa peau comme des brandons. Chaque tatouage était une sentence, une publicité de sa servitude.
Le pierceur arriva peu après – un homme maigre au regard neutre, portant une mallette stérile. Il ne sourcilla même pas en voyant Érica dans sa tenue grotesque, ou les deux femmes qui donnaient des ordres. C'était un professionnel, payé pour ne pas juger.
La procédure fut rapide, clinique, et douloureuse. D'abord les oreilles. Six piqûres aiguës et brûlantes, trois sur chaque lobe. Le pchit du pistolet perçant résonnait dans le silence tendu du salon. Des petites boucles d'oreilles en acier chirurgical, discrètes pour le moment, furent insérées. Puis ce fut au tour du nombril. Une sensation plus profonde, plus lancinante, quand l'aiguille traversa la peau. Un anneau en titane y fut placé, brillant d'un éclat froid contre la pâleur de son ventre.
À chaque piqûre, Érica serrait les poings, mais ne faisait pas un bruit. Les larmes qui montaient à ses yeux étaient aussitôt refoulées par la peur de déplaire encore plus.
Quand le pierceur fut parti, emportant avec lui l'odeur de l'antiseptique, Anaïs prit le relais avec une fébrilité redoublée.
« Maintenant, le visage, » déclara-t-elle. « Le maquillage permanent. Sylvie, tu me donnes carte blanche ? »
« Absolument, » répondit Sylvie, s'installant confortablement pour jouir du spectacle. « Fais de son visage un tableau qui reflète son âme. Ou plutôt, l'absence d'âme que je désire. »
Anaïs avait préparé des planches d'inspiration sur sa tablette. Elle les montra à Sylvie, puis, sadiquement, à Érica.
« Regarde, ma chérie. Pour les yeux : un eyeliner égyptien permanent, très épais, qui se prolonge en une aile sophistiquée à la paupière externe. Très féminin, très dramatique. Comme une poupée de porcelaine. Et pour les sourcils : une arche parfaite, très fine et haut perchée, redessinée intégralement. Plus de ces sourcils masculins épais. »
Elle zooma sur une autre image. « Les lèvres. Le contour sera redessiné pour les faire paraître plus pulpeuses, avec un petit cœur très marqué à la lèvre supérieure. Et à l'intérieur, un remplissage de pigment rose très vif, presque rose bonbon. Un rose de petite fille, mais sur des lèvres adultes et gonflées. Ce sera... frappant. »
Elle leva les yeux vers Érica, un sourire aux lèvres. « Et pour les injections de comblement, nous allons y aller généreusement. Deux, peut-être trois seringues par lèvre. Pour un effet "bee-sting" très exagéré, très... pornographique. Qu'elles soient si pleines qu'elles semblent sur le point d'éclater. Qu'on ne puisse pas regarder son visage sans voir ces lèvres en premier. »
Érica fixait les images, son estomac noué. Le visage qu'on lui proposait n'était pas une amélioration ou une féminisation subtile. C'était un masque de caricature, un visage de bimbo exagéré, destiné à provoquer le ridicule et l'humiliation permanente. Des ailes d'eyeliner qu'elle ne pourrait jamais laver. Des sourcils artificiellement arqués. Des lèvres de poupée gonflable.
« Le maquilleur permanent arrive dans une heure, » annonça Anaïs, consultant son téléphone. « C'est un artiste renommé... pour des clientes qui aiment les looks très, très prononcés. Il a l'habitude. »
L'heure d'attente fut une torture mentale. Forcée de rester debout au centre de la pièce, Érica sentait les nouveaux piercings brûler, le string de cuir la mordre, les talons lui tordre les chevilles. Elle regardait par la fenêtre le monde normal continuer, tandis qu'elle se préparait à devenir à jamais un spectacle grotesque.
Le maquilleur, quand il arriva, était un homme élégant et discret, qui salua Sylvie et Anaïs avec déférence avant de tourner son regard professionnel vers Érica. Son expression ne changea pas. Il dut voir ce genre de demandes tous les jours.
« Alors, Mesdames, quel est le programme pour aujourd'hui ? » demanda-t-il, ouvrant sa mallette qui sentait l'alcool et l'encre.
Anaïs lui montra les planches d'inspiration, détaillant chaque point avec une précision d'architecte de la honte. L'homme écouta, hochant parfois la tête, prenant des notes.
« Je vois, » dit-il finalement. « Un look très... affirmé. Permanent. C'est un engagement. »
« C'est exactement ce que nous voulons, » confirma Sylvie, sa voix douce mais inflexible. « Un engagement indélébile. »
Érica fut installée sur une chaise, la tête calée contre un appuie-tête. L'homme nettoya son visage avec des produits froids, puis commença à dessiner les motifs au stylo dermatologique. Le trait froid sur sa peau était le prélude de l'aiguille.
La première piqûre, pour le contour des lèvres, fut un choc. Une douleur aiguë, persistante, comme un fil de feu tracé sur sa peau. Elle serra les poings, ses nouveaux piercings aux oreilles tressautant. L'homme travaillait avec une lenteur méthodique, rechargeant l'aiguille en pigment rose vif. Puis il passa au remplissage, piquant des centaines de fois à l'intérieur du contour déjà douloureux. La sensation était atroce, une brûlure constante et profonde.
Ensuite, ce furent les yeux. L'aiguille s'approcha dangereusement de sa paupière. Elle dut garder les yeux ouverts, fixant le plafond, tandis que le trait d'eyeliner était gravé. La douleur était différente, plus superficielle mais terriblement précise, chaque vibration de l'aiguille résonnant dans son crâne.
Les sourcils furent redessinés, l'aiguille effaçant ses arcs naturels pour les remplacer par des arches fines et artificielles.
Puis vint l'injectioniste, une femme arrivée séparément, avec sa glacière contenant les produits de comblement. Elle palpa les lèvres déjà rouges et tuméfiées du travail du tatoueur.
« On va les gonfler à bloc, comme demandé, » dit-elle d'une voix neutre.
Les aiguilles d'injection étaient plus épaisses. La sensation quand elles pénétraient la chair des lèvres déjà traumatisées arracha enfin un petit sanglot étouffé à Érica. Le produit, froid et épais, fut injecté lentement, en plusieurs points. Elle sentit ses lèvres s'engourdir, puis gonfler sous la pression, devenant lourdes, sensibles, démesurées. L'injectioniste massait la zone avec des doigts gantés, modelant la forme, visant une pulposité exagérée, presque monstrueuse.
Le processus sembla durer une éternité. Quand ce fut enfin terminé, l'homme et la femme firent reculer Érica de sa chaise et lui tendirent un miroir à main.
Ce qu'elle vit la fit vaciller.
Son visage était méconnaissable. Les yeux, cernés d'un eyeliner noir parfait et dramatique, semblaient immenses et artificiels, comme ceux d'une poupée. Ses sourcils, fins et haut perchés, lui donnaient une expression de surprise permanente et un peu idiote. Et ses lèvres... ses lèvres étaient deux coussinets roses, luisants de baume, gonflés à un point obscène. Elles semblaient disproportionnées, vulgaires, collant l'une à l'autre dans une moue pulpeuse et provocante. Le rose vif du pigment ressortait cruellement sur sa peau pâle.
C'était le visage d'une bimbo caricaturale, d'une travestie de bas étage, d'un objet sexuel grotesque. Ce n'était pas un visage féminin. C'était une parodie de féminité, conçue pour être remarquée, moquée, méprisée.
Un sanglot sec lui échappa. Elle leva les yeux vers Sylvie, cherchant une lueur de pitié, de regret.
Il n'y en avait aucune. Il n'y avait qu'une satisfaction profonde, mêlée à une excitation perverse.
« Parfait, » souffla Sylvie, les yeux brillants. « Absolument parfait. Maintenant, ton visage crie ce que tu es. Maintenant, personne ne pourra jamais te regarder sans voir ma marque. Sans voir la chose que j'ai créée. »
Anaïs applaudissait doucement, ravie. « C'est une œuvre d'art, Sylvie. Une œuvre d'art vivante et humiliée. »
Érica baissa les yeux vers le miroir, vers cette étrangère aux lèvres bouffies et aux yeux de poupée cassée. Les dernières parcelles de résistance en elle se désagrégèrent. Elle n'était plus Éric. Elle n'était même plus vraiment Érica. Elle était ce visage. Ce corps marqué. Cette propriété.
La première étape de l'enfer était terminée. Son reflet, désormais permanent, était le témoin silencieux et criard de sa défaite totale. Et la journée était loin d'être finie.