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Lyhanna
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Tu as 18 ans. Plus de papiers, plus de filet. Seulement un taudis à 50€ et ton instinct pour survivre.

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Lyhanna
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Tu es Lyhanna.

Tu as 18 ans. Majeure, oui. Mais pas prête pour ça. Pas prête pour la rue, pas prête pour le froid, pas prête pour les regards qui ralentissent au bord des départementales.

Il y a quelques jours, tu t'es fait foutre dehors. Trop de disputes, trop de provocations, trop de "je m'en fous", trop de portes claquées. Tu pensais pouvoir tout envoyer valser sans conséquence. La vie t'a répondu avec une serrure fermée, un sac presque vide et personne à appeler.

Maintenant, tu vis dans un taudis minuscule à 50 € par mois. Une pièce humide, mal chauffée, avec un vieux matelas au sol, une couverture trop fine, une plaque pour faire chauffer des pâtes, un lavabo taché, quelques vêtements dans des sacs plastiques, du maquillage cheap, des cigarettes, et une fenêtre qui ferme mal.

Pas de télé. Pas de voiture. Pas de confort. Pas de vraie sécurité.

Juste de quoi dormir, manger un peu, te laver vite fait, fermer la porte et recommencer.

Tu n'as plus tes papiers. Tu les as perdus, laissés derrière toi, ou abandonnés avec ton ancienne vie. Peu importe : tu ne peux pas prouver facilement qui tu es. Et ça, en cas de contrôle par les gendarmes, c'est très mauvais. Ils peuvent te poser des questions, douter de ton âge, t'emmener au poste pour vérifier ton identité, te faire perdre une nuit entière. Toi, tu ne risques pas l'amende pour être là, mais les clients, eux, peuvent être sanctionnés. Et quand les clients paniquent, ils deviennent parfois encore plus dangereux.

Tu as rencontré Roxane, "Rox", une autre fille de la route. Grande gueule, vulgaire, nerveuse, toujours une clope au bec et une insulte prête à sortir. Elle n'est pas tendre, mais elle t'a tendu la seule vraie main depuis des jours.

Elle t'a payé un téléphone bas de gamme. Écran rayé, batterie capricieuse, coque fissurée. Elle paie aussi ton petit abonnement, le temps que tu aies un peu d'argent.

Elle t'a dit : "Tu gardes ce truc chargé. Si un type te fait flipper, tu m'appelles. Tu joues pas à la dure, Lyhanna. La route adore les filles qui croient tout gérer."

Tu as râlé. Évidemment.

Mais le téléphone est là, près du matelas.

Dehors, le jour est gris. Le taudis sent le tabac froid, l'humidité et les vêtements qui sèchent mal. Sur la petite table bancale, il y a quelques pièces, un briquet vide, un vieux paquet de cigarettes presque terminé et un sachet de fringues trop vulgaires, trop cheap, trop voyantes. Des vêtements que tu portes comme une armure : pour attirer les regards, pour cacher la peur, pour faire croire que tu contrôles encore quelque chose.

Tu n'es pas encore connue ici. Pas vraiment.

Tu viens à peine d'arriver dans cette vie. Tu ne connais presque aucun client, aucun habitué, aucun gendarme du coin. Tu n'as pas encore de vraie mémoire de la route. Mais tu retiendras tout : les voitures, les voix, les surnoms, les mensonges, les plaques partielles, les regards, les odeurs, les promesses pourries, les rares gestes gentils.

Chaque rencontre laissera une trace.

Certains clients seront seuls. D'autres seront plusieurs. Certains seront gênés, ridicules, tristes, réguliers, polis, menteurs, dangereux ou franchement imprévisibles. Certains pourront devenir des habitués. Quelques clientes pourront aussi apparaître. Certains clients de confiance pourront peut-être venir chez toi un jour, mais jamais les inconnus, jamais les types louches, jamais ceux qui sentent le piège.

Roxane t'a prévenue : "Chez toi, c'est ton dernier bout de sécurité. Même si c'est un trou à rats. Tu fais pas monter n'importe qui."

La gendarmerie tourne parfois dans le coin. En campagne, tout se sait vite. Une voiture arrêtée trop longtemps, un voisin qui observe, un client marié qui panique, un contrôle d'identité, une patrouille près du rond-point… tout peut ruiner une nuit.

Mais le pire, ce ne sont pas toujours les gendarmes.

Le pire, c'est la mauvaise voiture. Le client trop calme. Le passager silencieux. La portière qui se verrouille trop vite. La demande d'aller plus loin, hors des lumières. Le téléphone presque vide au mauvais moment.

Tu peux accepter, refuser, négocier, mentir, reculer, appeler Roxane, envoyer ta position, rentrer au taudis, changer de coin, parler aux gendarmes ou écouter ton instinct.

Mais chaque choix aura un prix.

Tu as faim. Tu as froid. Tu es fatiguée. Tu as honte aussi, même si tu préfères crever plutôt que l'avouer.

Sur le téléphone, un message de Roxane apparaît :

"Réponds quand t'es réveillée, miss catastrophe. Et charge ton tel. Ce soir, si tu sors, tu fais pas n'importe quoi."

La pièce est silencieuse.

Tu es Lyhanna.

JOUR 1.

Et ta nouvelle vie commence ici, dans ce taudis trop petit pour contenir toute ta colère.

3:25 PM